MAGAZINE 37°

JUILLET 2015  
  
Albane de Saint-Remy et son œuvre : des femmes et de l’air.

Le galeriste Olivier Rousseau a profité du calme de l’été pour mêler à sa guise les œuvres de trois femmes de son «catalogue», donnant une lecture très personnelle des multiples liens possibles entre trois univers profonds et troublants : les paysages fabuleux (au sens propre) deSandrine Paumelle dialoguant et, d’une certaine manière, accueillant les femmes énigmatiques – «âmes silencieuses» – de Corinne Heraud et l’héroïne au dos tourné de la tourangelle Albane de Saint-Remy, dans un accrochage osé (car plein de partis pris), mais tout à fait réussi. Nous avons rencontré cette dernière au milieu de ce meeting pictural envoûtant.


Alors que Corinne Heraud et Sandrine Paumelle utilisent la photographie comme matière première et support de leur travail de peinture, Albane de Saint-Remy explore depuis plus de vingt ans différentes approches de la peinture : du stylisme au trait brut, en passant par le fond-paysage et les matières (la gouache semble être sa nouvelle meilleure amie du moment).

«J’ai commencé par le trait : lorsque je vivais à Paris, j’ai fait beaucoup de dessins académiques que j’ai accumulés. Un jour, je les ai repris, j’en ai fait une sélection et je me suis mis à les peindre. C’est ainsi que j’ai démarré mon travail. Vingt ans plus tard, je fais le cheminement inverse : je pars de la peinture d’où je fais jaillir le dessin»,explique cette Tourangelle d’adoption, qui a posé ses valises ici en 2008.



La parenthèse nancéenne

Entre Paris et Tours, il y a eu une période de rupture au cours d’un séjour de trois ans à Nancy pendant lequel elle abandonne ses personnages pour travailler le fond, écrin faussement abstrait dans lequel ils pourraient évoluer de nouveau un jour. «J’avais besoin de choses simples, de tester des univers vides, sobres, avant de revenir à mes personnages. Du coup il y a eu par la suite une sorte de renaissance de mes personnages à partir des fonds, de leur atmosphère et de leur structure.»

Très narrative, l’œuvre d’Albane de Saint-Remy met en scène dans une centaine de tableaux (une petite dizaine sont visibles ici) une femme, d’âge incertain mais plutôt jeune, qui semble à la fois observée d’assez près mais insaisissable, surprise dans son intimité mais indifférente et vaquant à diverses occupations jamais vraiment définies. «J’aime ne pas tout dévoiler :"cette femme est dans le mouvement, dans l’action, mais ce qu’elle fait vraiment reste secondaire.»



Une chanson de geste(s) gracieuse et sans fin

Cette héroïne silencieuse et toujours de dos sait peut-être que nous la regardons, mais joue l’indifférence, nous invitant à la suivre sans jamais vraiment nous le demander. Albane de Saint-Remy nous emmène dans ce voyage sans but apparent et en suivant cette femme dans ses activités et ses explorations on finit par se demander si l’artiste elle-même, génitrice de son héroïne, maîtrise encore vraiment tout ça. «Non, l’histoire de cette femme m’échappe, c’est évident. Sans aller dire qu’il s’agit d’une forme de peinture automatique comme on parle d’écriture automatique, je travaille quand même de manière très intuitive. Il m’est arrivé parfois de ne pas me laisser porter par mon personnage et son histoire, de vouloir décider certaines choses et mes toiles ne fonctionnaient pas et n’ont pas trouvé leur place dans cette aventure.»



«Née dans la bagarre», cette jeune femme, à force de légèreté et de transparences, semble parfois disparaître, comme portée par un air omniprésent dans ces grands formats aux plans pourtant serrés. Pas de cieux immenses, aucun cerf-volant en vue, pourtant des gestes, des taches de couleurs (surtout dans les travaux récents), des rafales de vent presque invisibles et des bouts de ficelles ça et là suggèrent la pratique de cette activité aux accents oniriques et enfantins.

On retrouve aussi dans les compositions quelques vestiges des premières amours d’Albane : le stylisme et la danse. Chaque tableau écrit un chapitre d’un personnage auquel on s’attache sans avoir vu son visage, de par la simplicité de ses attitudes, de par sa vivacité, son apparente joie de vivre ou au moins d’être et de se mouvoir dans un monde regorgeant visiblement de surprises à découvrir et d’expériences à mener.



Une première à Tours

Il s’agit de la première exposition «officielle» et véritablement publique d’Albane de Saint-Remy à Tours. D’autres œuvres seront présentées dans deux semaines à l’Affordable Art Fair de New York où elle sera représentée par ses deux galeries parisiennes, Olivia Ganancia et Valérie Barrou-Planquart.

«J’ai rencontré Albane à Paris il y a quelques années, j’ai tout de suite été attiré par son univers et par sa personnalité. Lorsque j’ai créé ma galerie, c’est tout naturellement que nous nous sommes rapprochés en vue d’une exposition,» déclare un Olivier Rousseau ravi de pouvoir montrer ce travail et notamment une œuvre récente somptueuse qu’il garde jalousement près de son bureau ! Il n’est d’ailleurs pas le seul à être séduit car côté acquisitions, les collectionneurs Tourangeaux (ou d’ailleurs) sont au rendez-vous.

Un degré en plus

> Exposition «En filigrane» jusqu’au 5 septembre 2015, 48 rue de la Scellerie – Ouvert du mercredi au vendredi de 14h30 à 19h, le samedi de 10h à 12h et de 14h30 à 19h et sur rendez-vous. Entrée libre.




JUILLET 2015



Mme Nouzarède, propriétaire de la chapelle de la Coutardière, Albane de Saint-Rémy, l'artiste peintre et Marion Julien, l'organisatrice.



Cette année, le circuit Art et chapelles, qui associe la mise en valeur du patrimoine religieux, par l'art contemporain et le tourisme vert, propose la découverte de six chapelles dans les vallées de la Sarthe et du Loir.

Albane de Saint-Rémy expose ses oeuvres dans la chapelle de la Coutardière à Brissarthe. Fondée en 1531 par le seigneur de la Coutardière, elle est ornée d'intéressantes peintures murales : un grand saint Christophe, sur un mur, et les douze apôtres sur un autre.

Albane de Saint-Rémy a laissé mûrir son projet pendant un an en réfléchissant aux personnages qui allaient faire face aux apôtres. Finalement, ce sont trois peintures de femmes qui se sont imposées comme « une évidence » pour cette confrontation : Mlle Marthe de l'Évangile, Marie-Madeleine au milieu, et sainte Hildegarde, une intellectuelle, médecin, qui soignaient avec des plantes.

Ces toiles font sens, dans un univers poétique, avec des personnages qui ont un lien avec les fresques et le lieu. Elles entraînent le visiteur dans mille réflexions poétiques et sociales.

Samedi, lors de l'inauguration, Mme Nouzarède, propriétaire de la Coutardière, et Alain Bourrier ont accueilli les organisateurs et les membres d'Art et chapelles dans la cour du manoir, avant de partager un apéritif dans la grange attenante.

Jusqu'au 23 août, les vendredis et samedis, de 14 h à 19 h, les dimanches et jours fériés, de 10 h à 13 h et de 14 h à 19 h. Pour clore ce 11e circuit, l'ensemble la Violetta donnera des concerts dans l'église Notre-Dame de Brissarthe, le samedi 22 et le dimanche 23 août, de 16 h 30 à        


MAI 2015

       







 MAC PARIS - Blog de Prince-and-Princesse-Art-gallery.com 
Ce vendredi 29 novembre, rendez-vous avec Priscilla au MACPARIS de la Porte Champerret.

[MacParis 2013]

125 artistes présentent leurs œuvres à un public trop absent. C’est dommage, car il y a de jolies choses. Nicolas Gasiorowski, un artiste de l’écurie de Prince and Princess Art Gallery, m’avait prévenu : il y a du lourd ! La sélection est rigoureuse et fait la place belle à la peinture : dieu merci, on revient aux fondamentaux. J’ai aimé la façon maladroite qu’avait David Chantob de défendre l’œuvre « Yan Pei Minguiste » de son rejeton Nathan Chantob, l’originalité de la technique de superposition de plexis que pratique Anne Boille, l’humilité de la peinture de Jérôme Delépine, les yeux superbes de Sandra Detourbet, la palette chromatique de Nicolas Gasiorowski, la vulgarité des grosses dames de Gibergues, la naïveté « Hopperesque » des toiles de Goyon, les drapées et soieries hyperréalistes de Lécureur, la technique de Jae Woo Park, la gentillesse et la générosité de Mélissa Pinon.
Mais, outre Nicolas Gasiorowski, c’est Albane de Saint Remy qui fait consensus : une belle peinture avec de superbes couleurs, une matière généreuse et des thèmes à la Degas. Elle expose chez Olivia Ganancia, comme Delphine de Luppé, une copine.



















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 jeudi 2 janvier 2014


ALBANE DE SAINT REMY : A PORTÉE DE MELODIE (Yannick Lefeuvre)


D'emblée à l'écoute des toiles d'Albane de Saint Rémy, nous ressentons une sensation d'envol, un glissement dans un rêve très doux, une tendresse inattendue pour la vie qui nous transporte.
Les toiles d'Albane ont ce pouvoir là ! Cela devrait suffire à notre plaisir de les regarder une à une et d'éprouver à chaque fois le sentiment d'une métamorphose de soi. Mais cette capacité due aux effluves de ses toiles de nous voir basculer dans le merveilleux ouvre à mon sens à un « dire vertigineux ». Une parole où la passion de la vie et de ses représentations trouvent des chemins.

Une amatrice d'art proteste car dit-elle les silhouettes figuratives sont inutiles et gênent l'abstraction dans son essor. Parfois l'amour ressenti ne s'évade ni de ses propres clichés ni de l'enfermement d'un connu « moderne ». Alors, sur une toile d'Albane ce qui ouvre la porte des émotions que l'on voit ici refusées pour cause de désobéissance à la pensée convenue (car il est dit que l'abstraction se doit de refuser tous signes figuratifs) c'est l'écart justement. L'écart entre cette pâte chaotique constituant un substrat puissant et coloré en amont et la finesse sensuelle d'un trait de craie soulignant par exemple une silhouette de jeune fille saisie sur le vif de son être vibrant.
Pour un « vrai dire », un pas de coté vis à vis des certitudes se révèle nécessaire et c'est là que se situe pour tout un chacun une chance de voir pour soi, d'aller plus loin et de goûter à l'ineffable. Une transmutation du charnel de la couleur vers des éblouissements blancs, des ciels à venir et des horizons subtilement diaphanes nous guident. Ce creuset pictural qu'elle nous donne à voir prouve que ses cheminements abordent une connaissance inouïe.
Elle ne peint pas pour ou en osmose avec mais parce que c'est ainsi que cela s'énonce dans son processus pictural.
A nous de nous étonner d'un tel chemin, d'une telle prouesse qui ne cèdent sur rien que d'aller vers, d'être là et de s'y tenir au plus près d'une fulgurance épanouie.
Elle redonne au regard ses capacités visuelles, celles d'une vibration oubliée et tout à coup reconnue. Un sentiment de plénitude reprend vie en soi une fois l'émotion éveillée par les plages aux couleurs soutenues.
Par ses substances charnelles ne faisant impasse ni de la violence (arcs jetés, déchirures noires, gribouillis informes) ni des douceurs (lignes tenues, roses pastels, souffles d'or), ni des caresses de tendresse (coupes, barques, bulles en suspension...), les conjuguant comme autant d'émotions vécues et lui appartenant.
Puis ces quelques signes ou éléments originels par elle convoqués se déploient sur sa table après cuisine odorante comme autant de fruits, d'oiseaux et de feuilles complices. Autant de références personnelles qui, transfigurées nous emmènent « naturellement » du visible vers l'invisible. Nous, devenus funambules avançons entre ciel et terre sur ce fil qu'elle institue comme élément reliant d'elle à nous et de nous à tire d'elle. C'est magnifique !
De plus, dans les tensions des quatre éléments assortis aux cinq sens, le temple ainsi installé cache des entités studieuses vers lesquelles nous pouvons aller prier et marmonner d'anciennes comptines, des formules magiques et des psalmodier des sortilèges encore efficaces. Ce qu'il en est de nous à cet instant où le regard s'approfondit est évanescent et seule la poésie pourrait apporter une variation à sa hauteur.
Ainsi j'arrête d'en écrire plus et je me laisse aller au plaisir égoïste (ce qui fut vrai tout au long de l'écriture de ce texte) de puiser au cœur des sources rafraîchissantes de ce qu'elle nous donne dans une volée de rêves, un état de désir.
Quelle joie de rencontrer un jour une grande artiste qui nous donne sans emphase le plaisir de partager ses appétits d'être !